Recueil de poèmes signés Emilie-Flore Faignond

A propos de l'auteure:

Poète et écrivaine née en 1948 à Kinshasa d'un père Franco-Congolais(Brazzaville) et d'une mère Belgo-Congolaise(Kinshasa), Émilie Flore Faignond partage son enfance et son adolescence entre les deux rives du grand fleuve Congo. Une vie de partage non seulement entre Kinshasa et Brazzaville mais aussi entre ses multiples cultures qu'elle s'efforce d'homogénéiser pour vivre son métissage dans une certaine forme d'harmonie.

Voici quelques extraits des poèmes d'Emilie-Flore Faignond...Bon voyage!


BAIGNEUSES D'EBENE

Extrait du recueil de poème "Méandres" d'Emilie-Flore Faignond

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Pardonnez-moi, si souvent, dans le matin clair, je vous ai surprises, baigneuses d'ébène.

 Vous dérouliez vos pagnes chatoyants de vos seins galbés et de vos hanches pleines.

Leurs douces fragrances lascivement se mêlaient à l'odeur de l'herbe mouillée,

Elles emplissaient l'air! Ce parfum matinal m'enchantait, jusqu'à l'ivresse me grisait.

Au bout de vos cotonnades légères se balançaient mes désirs et mes rêves d'adolescents.

Dans un geste gracieux, vous jetiez, ces étoffes frivoles sous mon regard bleu océan.

Elles tombaient sur la berge diaprée parmi vos foulards parsemés en bouquet de fleurs!

Leurs pluie soyeuse égayait le repos de vos gargoulettes et vos jarres où chantait le vent rieur;

Heureux de s'engouffrer en voleur dans le flanc chaud de ces dormeuses d'argile.

Elles attendaient, toute fébrile, d'étancher leur soif à la bouche généreuse de la source cristalline,

Et d'entendre enfin le joyeux "glouglou" taquiner leurs gorges sèches et lisses.

Mais,  dans le souffle matinal, vous les aviez oubliés pour cette heure délice,

Où, au milieu de vos chuchotements, de vos rires et de vos chants, vous abandonniez à vos ablutions.

Vous vous délectiez dans le bruissement des fougères, sous les caresses du soleil ardent.

Pour le plaisir de mes yeux qui vous égrappaient une à une, tels des fruits mûrs et charnus.

Oh! J'aimais ces intimes moments où vous plongiez toutes dévêtues dans l'onde pure

Et, où dépouillées de toute pudeur, vous vous offriez en toute liberté à Dame Nature...


Des femmes pleurent:

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Loin sous le dôme d'un ciel criblé d'étoiles

déployée dans la nuit comme une princière voile

s'élève encore vers les cieux, ce cri de souffrance

qui déchire comme une dague acérée la soie du silence.

Des femmes à genoux tremblent, gémissent et pleurent

aux creux d'une douce vallée où règne la peur, la terreur

semées dans une verdoyante vallée par d'étranges prédateurs

venus de proches frontières tels des anges exterminateurs

aux coeurs d'airain, aux yeux troubles, aux mains entachées

par mille crimes obscurs et de sombres desseins occultés

par la barbarie des aigrefins sans loi, ni foi, ni patrie.

Ceux dont les bruits de bottes résonnent de Goma à Béni.

 

Des femmes crient, des femmes pleurent !

 

Tant de saisons ont fleuri depuis leur brutale intrusion

au pays bantou veillé par des géants volcans en fusion

Dont les bouches crachent le feu brûlant de leur colère,

quand les femmes du Congo sont couvertes de poussière,

et qu'elles se voilent la face pour dissimuler à tout le village

les torrents de larmes qui creusent des sillons sur leur visage.

Perles de rosée qui roulent et se brisent contre la digue de l'indifférence

du Monde qui demeure et veut demeurer sourd à toute leur souffrance.

Kulalamika ya mwana muke : une déchirure, un cri, une ultime prière.

Dieu semble les avoir abandonnées dans leur tourmente, leur enfer.

Leurs pères, leurs, frères, leurs maris, leurs fils les rejettent dans la rue.

Ils ont honte de l'opprobre qui a maculé leur corps et leur âme mis à nus.

 

Des femmes crient, des femmes pleurent !


Le tabernacle de leurs entrailles où germe la vie sacrée

par des hommes en folie a été des dizaine fois violé!

Et des semences maléfiques, s'y sont enfuient dans la haine,

la violence et tout son macabre lot de perversité et de peine.

Du sang, en fleur écarlate, a maculé les dessins de leurs pagnes

aux tons chatoyants, rutilants sous la lune qui, dans le ciel règne.

Mais loin, dans un pays au ciel de neige, des femmes les ont entendues.

Leur cri de détresse a été si puissant qu'il a traversé toutes les étendues

Porté par un grand courant d'amour vers les sources cristallines du coeur

de toutes ces filles, nées comme elles; de la matrice chaude du Congo qui pleure.

Elles ont frémi d'horreur en entendant ce cri inhumain poussé par toutes leurs soeurs

abandonnées dans l'effroi, la honte, le désespoir, l'oubli... une bien étrange peur.

 

Des femmes crient, des femmes pleurent !

 

Ces soeurs qui en ce lundi de novembre ont formé un bel essaim couleur ébène

se mouvant dans les rues de Bruxelles, où elles ont marché dans le silence et la peine

Une marche de soutien pour leurs compatriotes devenues pareilles à des sépales souillées

par une pluie de sang, de larmes, de spermes et de boue sur notre terre sacrée

Femmes congolaises ou d'ailleurs, marchons ensemble au rythme du pouls de nos coeurs

Entendez, ils hurlent notre révolte, notre rage quand nos soeurs poussent des haros de douleur!

Vent, froid ou pluie ne feront point obstacle à nos pas animés et aussi par notre fol espoir

de réveiller enfin les consciences de toutes ces nations plongées dans l'ignorance et le noir

qui occultent les maux de nos mères, nos filles, nos soeurs qui portent et donnent la vie.

Le souffle de nos aïeux nous donnera la force qu'ils nous ont offerte dés notre premier cri,

là, sur cette terre congolaise que des hommes profanent en violant nos compatriotes du lointain Congo.

Puisse leur Kulalamika désespéré se mêler à nos voix, à nos pas et résonner comme un divin écho.

Des femmes crient, des femmes pleurent !

Mars, mois choisi pour honorer la femme; aide nous à leur rendre leur dignité !


Emilie Flore Faignond, le 8 mars 2008

 

A ma mère Emma Julie

Poésie extraite du recueil Méandres

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Sous le dôme somptueux d'un jeune palmier, un jour vous avez posé
Pour cette petite photo noir et blanc, qui jamais ne m'a quittée.
Personne ne le sait, mais à moi vous l'avez tendrement confiée.
Aujourd'hui je suis si fière de pouvoir au monde le crier.
Vous me portiez dans vos flancs palpitants de vingt-trois saisons des pluies.
Comme vous êtes gracieuse, assise là sur ce tabouret près d'un vieux puits.
Vos bras délicatement se rejoignent derrière votre dos en arrière rejeté, 
Ils semblent rechercher un appui sur le bord du bois de wenge.
Le balbutiement de ma vie à l'abri de votre jeune corps
Semble vous rendre si belle, fragile, et plus digne encore.
Quel doux privilège de savoir qu'en vous je me blottis,
Mon intime présence en vous m'émeut, me ravit.
Tel un grain gonflé enfoui dans une terre féconde,
J'attends l'heure fatidique où vous m'offrirez au monde.

Dieu, que vous êtes belle!
Vos seins sont emprisonnés dans un coquet bustier.
Seuls leurs profils galbés trahissent le secret de votre ventre habité.
Sous cette taille fine,qui aurait pu soupçonner, si vous ne me le l'aviez confié
Que se cachait déjà une troisième maternité?
Bien des joailliers auraient aimé habiller votre long cou,
Son port altier aurait valorisé leurs précieux bijoux.
Vos hanches sont drapées d'un pagne aux dessins bariolés,
L'étoffe gaie dévoile à peine la naissance de vos chevilles dorées.
Telle une ballerine, vos pieds nus effleurent le sol, vous paraissez aérienne.
C'est vrai vous aimiez danser, comme moi; vos cavaliers s'en souviennent.
Votre regard velours noir semble caresser tendrement le lointain,
Le grain fin de votre peau halée aurait inspiré Chenge le Shabien.
Vers quels horizons inconnus naviguent vos secrètes pensées?
Vers quels rivages enchantés ont-elles échouées?
Evoquiez-vous l'homme que vous chérissiez?
Votre flamme pour lui, fut si grande,vous me l'avez confié
Ou est-ce de l'esquisse de ma frimousse dont vous rêviez:
Comme vous deviez l'aimer; votre visage reflète tant de sérénité.
De petites créoles en or ciselé dansent à vos oreilles,
Elles scintillent sous le soleil comme deux petites lucioles.

Dieu, que vous êtes belle!
Dans vos cheveux soyeux on devine le souffle léger du vent.
Mes doigts si souvent ont caressé cette épaisse toison,
Elle tombe sur vos épaules nues en longues boucles folles.
Le côté gauche de cette cascade brune est illuminé de blanches corolles.
Ce sont des fleurs de frangipanier, votre arbre préféré, vous me l'avez confié.
Aujourd'hui je sais à quel point son parfum suave peut vous manquer.
Mes yeux sur l'ébauche de votre doux sourire s'attardent, il me rassure,
Il me permet de croire que déjà vous m'aimiez, c'est sûr!
Seule dans ce décor ensoleillé, mais de tout artifice dépouillé, 
Votre beauté rayonne: combien de coeurs pour vous ont dû s'embraser!
En détaillant vos traits de papier sous notre soleil, j'ai découvert étonnée
La silhouette élancée d'un inconnu vêtu d'une djellaba immaculée.
La tête coiffée d'un fez blanc, il est assis discret près d'un paravent d'osier.
Cette présence discrète donne une note mystique à cette photo noir et blanc
Tel un ange,l'homme noir semble veiller au loin sur vous depuis longtemps.
Il ne saura jamais q'un matin clair sous le dôme somptueux d'un jeune palmier.
Près de vous il a posé, pour cette photo noir et blanc qui jamais ne m'a quittée.

Dieu, que vous êtes belle!
L'ovale pur de votre visage est baigné d'une éclatante lumière.
Tout comme l'est cette terre ébène où vous posiez hier.
Vous êtes en cette aurore, si loin de nos superbes cieux.
Vos traits de papier, emprisonnés dans un cadre en bois, toujours m'accompagnent 
Partout où le destin me porte; de mon amour pour vous ils témoignent.
Et s'il est vrai que le temps doucement sur votre visage s'est posé, 
Il n'a pu altérer cette photo, qui me parle toujours de vous au passé.
Et mon âme d'enfant jamais de vous n'a cessé de rêver
Devant cette photo noir et blanc pour laquelle, vous aviez posé, 
Ô ma mère!


Emilie Flore Faignond, Kinshasa, février 1994

 

Tout être né sur cette belle planète bleue où nous avons le doux privilège de vivre a des ascendants. Je souhaiterai par le biais de mon écriture faire revivre une femme d'exception que fut ma grand-mère maternelle qui aux balbutiements de ma vie m'a appris a bien vivre mon multiple métissage tant culturel que génétique afin d'en faire une symbiose et non une différence! Cette femme est née de la matrice chaude et féconde de la lumineuse terre congolaise où j'ai vu le jour et là où coule depuis la nuit des temps un fleuve aux flots impétueux qui est devenu au fil des années mon hymne, mon drapeau, ma patrie: Le grand et majestueux fleuve Congo. Elle s'appelait Bajana Marie et elle a eu le don de me léguer le verbe de l'Afrique et je lui dis encore merci!

Extrait du recueil de poésie:   d'Emilie Flore Faignond

Le likembe pleure

Le soleil n'embrase plus mon coeur esseulé
Mes yeux mouillés contemplent les berges orphelines
Tu as déserté un novembre fragile,
La clairière de mon enfance.
Le vent a volé au sable avide les empreintes feutrées
De tes pas légers, femme d'Ebène.
Le vent vainqueur qui au delà des nues,
A emporté ta vie, Bajana Marie.

Entends le likembe pleure en silence
Dans la clairière de mon enfance.


"Les oncles, les tantes et les cousins, c'est bien. Les parents, c'est à ne pas négliger. Mais une grand-mère les vaut tous !"

Lisez les articles d’Emilie-Flore Faignond sur son magnifique blog  http://cendrillonebene48.skyrock.com/

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Ouvrages d'Emilie-Flore Faignond:

Son premier bébé de l’esprit est Méandres, un recueil de poésie sorti en 1994. Emilie-Flore avait déjà écrit Afin Que Tu Te Souviennes mais l'ouvrage a été édité en second lieu, en 1996, à cause de sa peur du regard des autres. Méandres est le préliminaire de Afin que tu te Souviennes. Ensuite, il y a eu Miji , sorti en 2009 et signifiant « racines » en langue Luba. Là, son dernier bébé de l’esprit Miji, l’hybride des rives vient d’être présenté.

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Commentaires (2)

1. Moinot 30/09/2012

De Merveilleux poèmes ....pour un futur plus Humain.

2. lassey tete 07/08/2013

je vous apprécie et vous souhaite bon courage.
et que DIEU vousbenisse

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