Sarah Baartman

Sarah Baartman dite la "Vénus Noire":

Cette vérité vraie sur sa fameuse morphologie

L'histoire de Sarah Baartman n'est pas facile entendre quand on est une femme noire, quand on aime la femme noire ou quand on est femme tout court.

Il est vrai que Sarah a été exposée comme une bête, elle a été humiliée et emportée par une maladie pulmonaire causée  certainement par le fait qu'elle ait été exposée trop souvent nue dans un climat étranger à celui de son pays. Celle qu'on a surnommé la Venus Noire a connu un tout autre traitement que celui réservé aux Venus honorées que nous connaissons dans l'histoire. Nous plaindre à tout bout de champs de notre condition de femme noire dans l'histoire ne nous avance parfois à rien. Il faut savoir tirer du positif de ces épisodes noires et insoutenables durant lesquels notre race a connu les pires injustices et les pires traitements, afin qu'aujourd'hui nous puissions nous relever avec fierté.

Dans cette idée, nous verrons que si le parcours de Sarah peut nous révolter ou nous dégoûter, dans sa sombre destinée se cache pourtant une vérité vraie. Il s'agit même d'une évidence que nul ne pourra nier, et nous la lierons noir sur blanc dans cet article.

 

Sarah Baartman, son histoire

Sawtche, de son vraie nom, est née en 1789 au Cap Oriental, dans l'actuel Afrique du Sud. Son père est de la tribu des Khoikhoi  (ou Khoisan) et sa mère vient de la tribu des Bochimans, la plus ancienne de l'Afrique du Sud. Les femmes de cette tribu originelle sont connues pour avoir le teint clair et les hanches développées à outrance. Chez les Khoikhoi, il s'agit d'un signe de beauté, et non comme les Européens le qualifieront plus tard, d'une "déformation physique" ou d'un "signe d'infériorité racial".

Quand elle devient une adolescente, Sawtche est tout ce qu'il y a de plus "typé" chez les Khoikhoi. Elle est de taille moyenne, de forte corpulence, elle a le teint doré et comme on le dirait aujourd'hui, un fessier rebondi. Même si Sawtche est une jolie jeune femme, elle passe inaperçue dans sa tribu, dans le sens où son physique ne choque personne car de milliers de femmes sont comme Sawtche.

 

C'est à cette période que Sawtche va quitter les abords de la Gamtoos River  pour une autre région du Cap: elle a été capturée pour devenir l'esclave d'un riche fermier afrikaaner(Hollandais sudafricain) pour qui elle travaille pendant plusieurs mois.

Un docteur d'origine hollandaise travaillant pour la Royal Navy, William Dunlop, et connaissance du fermier, remarque Sawtche et ne reste pas indifférent face au physique de la jeune femme. Elle remplit visiblement tous ses fantasmes sexuels et il décide l'acheter.

Dunlop fait de Sawtche son esclave et sa maîtresse. Il la ramène dans la ville de Cape Town  et finira par la prendre avec lui à bord du bateau où il exerce, et ce,  jusqu'à Londres, où il lui donnera le prénom de Sarah, ou Saartjie (petite Sarah en hollandais).

 

Nous sommes en 1810, à Londres. Sarah n'a que 16 ans et Dunlop se montre très manipulateur envers elle. Ill a des relations sexuelles avec elle et la jeune femme semble penser que ce dernier éprouve des sentiment amoureux vis à vis d'elle. Le docteur fait croire à Sarah qu'à Londres, et partout en Europe, elle peut devenir très riche rien qu'en exposant ses formes généreuses. Il lui explique que les femmes de races blanches n'ont pas la même physionomie qu'elle et seraient très curieuses de la découvrir en échange d'argent. Les hommes quant à eux se feraient un plaisir fou de pouvoir toucher une vraie femme aborigène, objet de leur fantasme le plus secret, en échange de quelques billets. Sarah deviendrait alors très très riche.

Sarah acceptera sans hésiter, et très vite, elle sera exposée dans les villes d'Angleterre et de Hollande, exhibant ainsi son corps et suivant les ordres qui lui sont donnés. Tel un animal bien dressé: elle marche, se met debout ou s'assoit en obéissant au doigt et à l'œil. Le public est mélangé entre l'étonnement, l'amusement, le dégoût et la stupéfaction. Ceux et celles qui veulent l'approcher s'approchent, celles et ceux qui veulent la toucher la touchent. On lui dit toute sorte de paroles allant des plus doucereuses aux plus méprisantes.

 

Médecins et en scientifiques présentent différentes théories pour expliquer cette anatomie hors du commun. Il est clair selon eux que Sarah est la preuve irréfutable de l'infériorité de la race noire! Sarah est victime d'une déformation physique typique chez les gens de couleur. Sa maladie porte le nom de stéatopygie et ses organes sexuels étant anormalement développés, on la dit donc atteinte de macronymphie (même s'il s'agit d'une caractéristique que 'lon ne retrouve pas seulement chez les femmes de race noire).

 

Un jeune jamaïcain, Robert Wedderburn, militant anti-raciste et anti-esclavage observe ces scènes immondes et décide d'agir. Il sensibilise son groupe au sort de Sarah et entame une série de pressions judiciaires contre le gouvernement britannique pour qu'il fasse cesser ces horribles spectacles.

 

Suite à ces pressions, Sarah sera emmenée à Paris, où on continuera à l'exposer publiquement entre deux spectacles de cirque, dans des music-halls et dans des salons de la haute bourgeoisie.On la surnomme la Vénus Hottentote .

Sarah finira également par se prostituer dans les soirées privées où elle deviendra un véritable objet sexuel, croyant qu'en temps voulu on lui remettrai toute la fortune gagnée jusqu'alors.

C'est à cette période qu'elle devient l'objet d'étude du zoologue et chirurgien Georges Cuvier, généraliste et chirurgien attitré de Napoléon Bonaparte. Pour ce dernier, Sarah est le chainon manquant entre l'animal et l'homme.

Le professeur de zoologie et administrateur du  Musée National d'Histoire Naturelle de France, Etienne Geoffroy de Saint Hilaire, demande l'autorisation officielle de  

 

« profiter de la circonstance offerte par la présence à Paris d'une femme bochimane pour donner avec plus de précision qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, les caractères distinctifs de cette race curieuse. »   

 

Etienne Geoffroy de Saint Hilaire conclura ses études en comparant le visage de Sarah à celui d'un orang-outang et ses fesses à celles des singes femelles mandrills!

 

Plus tard, l'auteur Victor Hugo fera également référence à Sarah dans son ouvrage"Les Misérables" en 1862, décrivant les activités de la ville de Paris: « Paris est bon enfant. Il accepte royalement tout ; il n'est pas difficile en fait de Vénus ; sa callipyge est hottentote ; pourvu qu'il rie, il amnistie ; la laideur l'égaye, la difformité le désopile, le vice le distrait […] »

 

Sarah meurt à Paris le 29 décembre 1815 à l'âge de 26 ans. Elle meurt pauvre, elle qui pensait devenir riche en exposant son corps comme un objet d'art. 

 

A sa mort, Georges Cuvier fait mouler son corps au plâtre. Il prélève le cerveau et les organes génitaux de Sarah qu’il conserve dans du formol. Il extrait le squelette et continue ses recherches du chaînon manquant entre l’homme et le singe. En 1817, présente son travail à  l'Académie de Médecine et en ressort ce qui suit:  

 

« Les races à crâne déprimé et comprimé [les “ nègres ”] sont condamnées à une éternelle infériorité. »

 

La vérité vraie sur l'anatomie de Saraah Baartman

 

Ce que les scientifiques de l'époque n'ont pas pu observer, c'est que Sarah Baartman possédait la même anatomie que ceux de ces représentations féminines (statuettes, gravures ou peintures) retrouvées par les archéologues européens à divers endroits d'Europe et qu'ils ont nommés "stéatopyges". Il est vrai que ces découvertes datent du début du 20ème siècle, Sarah était déjà morte. Mais aucun n'a de toute façon mis la lumière sur ce point pourtant si clair en évoquant la disparue.

Trois exemples parmi ces nombreuses représentations: la Vénus de Lespugue et la Dame de Brassempouy (découvertes en France) la Vénus de Willendorf (découverte en Autriche).

Elles datent de la période préhistorique et seraient les premières représentations de formes humaines (et non les premiers singes ou animaux) fabriquées ou dessinées par les premiers hommes à avoir peuplé la planète terre.

 

D'après les nombreuses études que les anthropologues ont pu mener, ces représentations de femmes avaient des caractéristiques similaires telles que:

- une cambrure extrêmement prononcée

- une protubérance des hanches et des fesses

- des seins très volumineux

Un autre aspect que l'on retrouve sur ces vielles statuettes ou gravures datant (selon les scientifiques) de l'époque des premiers hommes sur terre:

- la coiffure, lorsqu'elle est représentée, est généralement constituée de quadrillages ou de pointillages, tel que vous pouvez le constater vous même sur la Vénus de Lespugue et la Dame de Brassempouy. Il est donc soit question de chevelure tressées ou pas du tout "lisse". 

 

Concernant les formes généreuses représentées volontairement, pour les scientifiques il s'agissait certainement de "signes ou canons de la beauté" chez les premiers hommes. Rien ne nous surprend quand on considère que de nos jours, un fessier rebondi et protubérant est parfois considéré comme un signe de beauté.

Il faut reconnaitre que même chez les occidentaux, avoir des fesses généreuses devient crucial pour certaines femmes qui n'hésitent plus à avoir recours à la chirurgie esthétique pour se regalber et donner du volume aux fesses.

Notez qu'il ne s'agit d'ailleurs pas d'un phénomène nouveau, les tenues occidentales de l'époque victorienne nous le témoignent.

 

Ceci pour souligner une seule vérité: si l'Afrique est réellement le berceau de l'humanité, si réellement les premiers hommes étaient de race noire, Sarah Baartman n'était rien d'autre que la preuve physique de ce fait. Une réalité mise en lumière par les statuettes paléolithiques façonnées des mains de nos ancêtres et représentant la femme dans sa plus belle forme selon l'époque. 

 

En 1991, lorsque l'Afrique du Sud connait la fin de l'Apartheid, la première requette du peuple Khoikhoi au président Nelson Mandela, c'est le retour des restes de Sarah. Mandela fomule la même requête à François Mitterand, président français de l'époque, mais la France refuse et désire conserver ce qu'elle qualifie de "collections nationales".  

 

Toutefois, le Sénateur de l'Ile de France, Nicolat About, dépose une proposition de loi au Sénat pour la restitution des dépouilles étrangères considérées comme "collections nationales".

Le 29 janvier 2002, la loi est votée à l'unanimité, ce qui permet le retour de la dépouille de Sarah Baartman sur la terre de ses ancêtres. 

 

Le 9 Aout 2002, Sarah sera inhumée près du village de Hankey, au Cap Oriental, en présence du président Thabo Mbeki, président d’Afrique du Sud depuis 1999, de plusieurs ministres et des chefs coutumiers Khoikhoï.

La dépouille après avoir été purifiée selon le rituel ancestral, fut placée sur un lit d'herbes sèches pour être incinérée.

 

En espérant que la morphologie de celle que l'on surnomme la Venus Noire ne soit plus pour nous qu'une simple caractéristique physique des femmes de race noire, mais la preuve irréfutable que les premiers hommes à avoir peuplé la terre étaient bel et bien noirs.

Leurs femmes, pour qui ils avaient un profond respect et qu'ils vénéraient parce qu'elles donnaient la vie, avaient pour la plupart le physique de notre Sawtche, Sarah Baartman.

 

Natou

 

 

(L'intégralité du texte est soumis à des Droits d'Auteur)

Commentaires (4)

1. moser (site web) 11/01/2013

Je suis tout à fait d'accord avec vous mais je voudrai souligner un point: certes les blancs ont abusé de l’esclavage , mais qui étaient les vendeurs aux blancs de ces pauvres gens : des noirs qui faisaient des razzia et pratiquaient eux-même l'esclavage : nous avons des tords partagés!
N.B. que ce ne sont pas les premiers hommes qui ont fabriqué les statuettes ,mais des Sapiens Sapiens comme vous et moi!

2. Azaharus 30/09/2013

Non, les torts ne sont absolument pas partagés dans l'histoire de l'esclavage. Ce sont bien les blancs qui ont mis en oeuvre et structuré ce commerce inhumain dans lequel, il est vrai, ont participé certains africains cupide et sans scrupules. Toutefois, se donner bonne conscience en se référant à cet argument est extrêment choquant: c'est faire preuve d'un déni de la réalité en mimisant le rôle essentiel et primordial qu'a tenu l'homme blanc. S'i était possible quantifier la responsabilité de chacun ont pourrait dire qu'elle est de 95% pour les blancs et de 5% pour les africains vendeurs d'esclaves.

3. espérance 15/11/2013

où il y a l'homme il y a hommerie...peu importe les couleurs selon moi.

un jour (bientôt j'espère ) l'homme sortira de son ignorance ( certains devront enlever leurs grosses oeillères ) et respectera tous les êtres humains.
Pauvre vie que celle de Sawtche, Sarah Baartman. Malheureusement encore ce matin aux nouvelles j'entendais que 256 enfants avaient été sauvés de l'esclavage sexuel .... et dire que l'on est en 2013 !

4. Lana 09/04/2015

Bel article, mais je tiens juste a souligner le fait qu'il y a quelques erreurs:
Elle n'a jamais été consentante pour venir en Europe meme si on peut le croire, ou on peut le faire croire, elle a été amené contre sa volonté parce que après tout elle avait le statut d'esclave. Ensuite elle n'a jamais été vendu au docteur, c'est le fermier qui était son maître, le docteur lui a donné l'idée de faire venir Sawtche en Europe pour qu'il se fasse de l'argent. Ensuite quand elle arriver en Europe elle avait 21 ans et non pas 16 ans

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